Stephen King affirme dans un de ses conseils d’écriture qu’il peut agir PHYSIQUEMENT sur son lecteur,
À distance.

Quand j’ai lu ça, il y a quelques années, j’ai eu un gros doute.
Stephen King, Mytho ?

J’ai alors tourné la page
Et j’ai continué jusqu’au bout

Son texte de démonstration (il n’allait pas nous laisser sur notre frustration) était assez court.
Je me souviens qu’il racontait une histoire de citron.
Rond, charnu à la découpe, juteux.
Du genre citron qui gicle un peu autour du couteau lorsqu’on le coupe

Est-ce que c’était pour faire un Mojito ?
Une tarte au citron meringuée ?
Je ne m’en souviens pas.

Je sais juste avec certitude qu’à un moment donné
Son héros mordait à pleine dent dans le citron,
Que du jus coulait dans sa bouche, envahissant son palais jusque sous sa langue
Et que Stephen King avait réussi

En quelques phrase il était parvenu à me faire saliver.
Comme un dingue.

Et vous ?

Je vous raconte cette histoire parce que j’aime bien poser une question aux personnes avec qui j’échange sur le sujet de l’attention
Après un spectacle ou pendant un atelier.

Cette question est :
Lorsque vous êtes sous la douche
Vous arrive-t-il d’être en réunion ?

Je veux dire :
Le soir, au moment de vous savonner dans des volutes parfumées, sous l’eau chaude,
Vous arrive-t-il de penser à votre réunion du lendemain matin ?

Et si un auteur, talentueux certes, arrive à agir sur nous, physiquement, avec quelques mots soigneusement agencés
C’est à dire à nous procurer une représentation mentale qui va avoir un effet physique sur nous

Quel est l’effet que nous produisons sur notre corps, notre énergie, nos pensées
Lorsque nous nous visualisons en réunion ?
Que nous imaginons ce que nous allons dire, répondre, rétorquer
Aux personnes que nous avons en face de nous

Alors que nous sommes sous la douche
Pépère
Les pieds dans l’eau
Tranquillou derrière le rideau

Alors que nous pourrions kiffer
Nous caresser du glissement langoureux d’un savon perlé à la mousse sublime,
Donnant à notre peau une apparence éphémère de nacre sous la lumière veloutée de la vapeur naissante…

Ou même chanter avec le meilleur prétexte qui soit

Nous sommes sous la douche.
Pas en réunion.

Pas là-bas et demain.

Certes, c’est bien parfois, le vagabondage mental auquel nous ont habitués nos doudous numériques
Laisser le fil de nos pensées suivre un fil d’actualité (pendant combien de temps, déjà ?)
Le confort de se laisser porter

Mais à un moment donné (se prononce « amendoné » en dialecte niçois…)
SURTOUT quand c’est  un moment agréable

Pourquoi ne pas reprendre ce fil de pensée,
Le tirer,
L’amener à un endroit tout simple
Ici et maintenant